I - Les origines du roman policier

 

"Double assassinat de la rue Morgue" (1941) est considéré comme le point de départ de la littérature policière aux Etats-Unis.

C'est une nouvelle d'Edgar Poe, poète, écrivain et journaliste américain (1809-1849) qui publie de multiples nouvelles dans plusieurs journaux à partir de 1832. Une mère et sa fille sauvagement assassinées dans leur chambre où toutes les issues sont fermées de l'intérieur. Il met en scène le détective Dupin qui résoudra ces meurtres par l'observation du terrain et la déduction logique. Il va mettre en place certaines bases du roman policier comme le faux suspect, les indices, les témoignages visuels ou auditifs. Le héros apparaît alors comme un génie qui résout toutes les énigmes, contourne les pièges et fascine ainsi le lecteur par ses capacités intellectuelles.

Edgar Poe a été influencé par Vidocq qui devient chef de la sûreté en 1811.

De nombreux écrivains vont se lancer dans cet exercice en étoffant le récit pour en faire un roman, tout en gardant la structure initiée par les nouvelles d'Edgar Poe.

En France, Emile Gaboriau réussit cette transition. Il écrit "L'Affaire Lerouge" en 1863, sous forme de feuilleton dans "Le Pays", mais il recevra un succès fracassant en 1865 et sera traduit immédiatement en Angleterre.

Le roman reste dans un cadre mélodramatique car l'action est ponctuée par de nombreux passages retraçant le passé amoureux et familial des protagonistes. Mais, le personnage de l'assassin s'étoffe par une véritable identité psychologique et sociale et fait apparaître la notion de mobile. Emile Gaboriau unit le côté mélodramatique du feuilleton à l'action des nouvelles policières. Ce nouveau genre intéresse le grand public et fait basculer le roman populaire criminel vers le roman policier.

En Angleterre, les livres de Emile Gaboriau sont dévorés par un jeune étudiant en médecine, A. Conan Doyle. Médecin et romancier écossais, A. Conan Doyle écrit en 1887, "une étude en rouge" où il crée le personnage de Sherlock Holmes. Son personnage est à la fois brillant, surdoué, connaît la chimie, l'anatomie, en un mot il est le détective parfait. Le locataire du 221 B Baker Street a toutes les qualités de ses précurseurs et possède avec le D. Watson un faire-valoir formidable. Les interrogations et remarques de Watson permettent à Sherlock Holmes de poser le problème et d'avancer ses solutions. En 1902, il publie "Le Chien des Baskerville".

C'est donc sur les traces de Sherlock Holmes que vont désormais se pencher de nombreux fins limiers, spécialistes dans l'art de résoudre les énigmes les plus minutieusement ficelées. Tout comme Gaston Leroux (1838-1927) et son fameux reporter-détective Rouletabille, avec "Le Mystère de la Chambre Jaune" (1907 et "Le Parfum de la dame en noir" (1909).

Mais c'est surtout Agatha Christie (1890-1976) qui en fait une spécialité anglaise. Le roman policier devient un jeu cérébral dans lequel le lecteur est appelé à participer. Au fil de ses 67 romans, l'enquête est tantôt menée par Hercule Poirot, tantôt par Miss Marple.

A la même époque, Arsène Lupin, sous la plume de Maurice Leblanc (1864-1941), séduit avec sa personnalité de gentleman cambrioleur, narguant la police et détroussant les riches, tout en dénouant des intrigues à la place de la justice.

Arsène Lupin

Il excelle dans l'art du déguisement et des intrusions les plus discrètes. Parmi ses titres "L''Aiguille creuse", "L'île aux trente cercueils"...

En 1911, deux journalistes sportifs, Pierre Souvestre et Marcel Allain, créent Fantômas, le génie du mal, qui deviendra très vite populaire, et séduira les milieux littéraires.

En 1927, Albert Pigasse crée la collection "Le Masque", première collection policière française, en commençant par traduire les romans d'Agatha Christie.

Charles Exbrayat (1906-1989) est un écrivain français qui a publié plus de cent romans, pour beaucoup dans la collection "Le Masque", dont certains ont été adaptés au cinéma et à la télévision.

 

II - Du genre "à énigme" au "roman noir"

 

C'est le contexte politico-social qui inspire l'évolution de la littérature policière. Au cours de la période sombre de l'Occupation, un jeune homme de 34 ans, issus du mouvement des surréalistes, publie "120, rue de la Gare", première aventure de Nestor Burma, il s'agit de Léo Malet (1909-1996), qui ouvre sur une enquête policière davantage ancrée dans la réalité brute.

En 1945, Marcel Duhamel crée la Série Noire aux éditions Gallimard pour traduire des auteurs anglo-saxons comme Peter Cheyney qui est né à Londres le 22 février 1896 de parents irlandais, de son vrai nom Reginald Evelyn Peter Southouse-Cheyney. Paradoxalement, c'est donc un auteur britannique qui inaugure la collection Série Noire en 1945 avec "La Môme Vert-De-Gris" et qui s'attache immédiatement un public français conquis. Puis viendront James Hadley Chase, Chandler, .... Ce n'est qu'en 1949 qu'un français entre à la Série Noire.

Dans les années 50, des auteurs comme Albert Simonin, Auguste Le Breton amènent au roman noir le langage argotique emprunté au "milieu". C'est la grande époque des malfrats et des tractions-avant, des casses et des évasions, celle de "Touchez pas au grisbi !", "le cave se rebiffe"...

Des années 40 à la fin des années 60, on peut citer des auteurs tels André Héléna, Francis Rick, Pierre Siniac, Georges-Jean Arnaud ou Sébastien Japrisot. Enfin, on ne peut pas parler de littérature policière francophone sans évoquer le Belge Georges Simenon (1903-1989) dont le nom, ainsi que celui de son commissaire Maigret retent dans la mémoire populaire.

Simenon

De même Frédéric Dard et son personnage fétiche San Antonio : créee en 1952 avec "Réglez lui son compte", la série compte aujourd'hui plus de 150 titres. En marge de la série, Frédéric Dard a écrit d'excellents titres dans la veine du roman noir.

Au début des années 70, avec Jean-Patrick Manchette (1942-1995), apparaît le néo-polar. Après mai 68, le roman noir devient politiquement militant et socialement engagé. C'est le roman de la dénonciation du racisme, des inégalités sociales, des magouilles du pouvoir. Manchette entre à la Série Noire en 1971 avec un premier roman co-écrit avec Jean-Pierre Bastid : "Laissez bronzer les cadavres". Il aiguise, avec "L'Affaire N'Gustro", "La position du tireur couché", son regard critique de la société dans laquelle il vit (consommation, terrorisme, manipulations politico-policières, affaires d'Etats, ...).

En 1973, Jean Vautrin fait une entrée remarquée en littérature policière avec "A Bulletins rouges", puis avec "Billy-ze-Kick" en 1974, et "Bloody-Mary" en 1979, romans dans lesquels il critique une société en crise.

Vers la fin des années 70, apparaissent de nouveaux auteurs tels Frédéric Fajardie et Didier Daeninckx. Fajardie signe en 79 "Tueur de flics" suivi d'une trentaine de titres, des romans violents qui sont autant de témoignages sur la réalité sociale et la crise économique.

Daenincks, livre en 1982 un premier roman "Mort au premier tour", puis "Meurtre pour mémoire". Faits divers et parties occultées de l'histoire servent toujours de point de départ à son oeuvre : "Le Géant inachevé", "Lumière noire", "Le Der des ders". En 1996, il rend hommage à Jean Amila dans "Nazis dans le métro", un épisode de la collection Le Poulpe.

Robin Cook (1931-1994), le plus anglais des écrivains anglais de polar, fait lui aussi des romans très noirs comme "Le Soleil s'éteint", "On ne meurt que deux fois", ...

 

III - Le polar aujourd'hui

 

Comme nous l'avons vu, le roman policier s'inspire de son époque, est en quelque sorte une littérature "témoin".

Des années 1980 à 2000, de nombreux jeunes auteurs fondent une nouvelle génération.On peut citer Thierry Jonquet "La Belle et la Bête", "Les Orpailleurs" ; Michel Lebrun avec "Autoroute", "Loubard et Pécuchet" ; Jean-François Vilar "C'est toujours les autres qui meurent", "Bastille tango" ; Hervé Prudon "Mardi-gras", "Tarzan malade" ; Jean-Bernard Pouy "la Belle de Fontenay", "RN 86" ; Marc Villard "Corvette de nuit", "Rouge est ma couleur", Tonino Benacquista "la Comédia des ratés" ; Patrik Rayna "Nice 42e rue", "Arrêtez le carrelage" ; Jean-Jacques Izzo "Total Khéops", "Chourmo" ; Jean-Jacques Reboux "Poste mortem", "Fondu au noir"....

Reboux

Ce renouveau est dû en partie à la création également de nouvelles collections et en particulier en 1986, à celle de Rivages/Noir qui bouleverse le paysage éditorial français avec des traductions d'auteurs jusqu'alors inédits en France et l'émergence de nouvelles plumes, obligeant tous les éditeurs à suivre le mouvement.

La série "Le Poulpe", créée par Jean-Bernard Pouy, fait figure d'événement territorial en renouant avec l'esprit du roman populaire et en ouvrant la collection tant à des auteurs confirmés qu'à des débutants. C'est également le cas des éditions La Loupiote.

De nombreuses femmes font irruption dans les années 80-90 : Brigitte Aubert "La Mort des bois" ; Fred Vargas "Debout les morts!", Dominique Sylvain "Baka !" ....

Pour en savoir plus, découvrez mes préférences en matière d'auteurs contemporains.

Notez qu'en 2007, "Les Editions du Masque fêtent leur 80 printemps. La marque jaune a réussi à s'adapter au monde contemporain. Depuis longtemps, le whisky de Patricia Cornwell a remplacé la "cup of tea" des vieilles Anglaises."

De l'autre côté de l'atlantique et bien qu'américaine, Elisabeth George s'est spécialisée dans l'écriture de romans policiers "à l'anglaise". Ses histoires sont centrées sur deux policiers, l'inspecteur Thomas Lynley, également huitième comte du titre des Asherton, beau, élégant, riche, bon, plein de compassion, et le sergent Barbara Havers, issue d'une banlieue crasseuse de Londres, et convaincue que tous les maux dont souffre la société sont dus de près ou de loin à la Noblesse. Outre ces deux personnages, ce qui rend les romans d'E.G. si intéressants est son style particulier, le langage qu'elle emploie, et surtout, une attention particulière portée à la psychologie des personnages que l'on rencontre tout au long de la lecture. Les personnages sont profondément humains, ayant tous leurs faiblesses, et les assassins, bien souvent, ne ressemblent en rien aux méchants typiques, si bien qu'on leur cherche des circonstances atténuantes, leurs crimes apparaissants comme la suite logique d'une succession d'actions et non comme un acte monstrueux.

Anglaise pour sa part, Phyllis Dorothy James publie son premier roman en 1962, et rencontre un grand succès. Il est signé P.D. James, afin de cacher que son auteur est une femme. Adam Dalgliesh, déjà présent dans ce premier titre, devient le héros emblématique des romans policiers de cet écrivain atypique, qui s'attache à mêler le suspense aux descriptions psychologiques. Devenue magistrat à la retraite aujourd' hui, anoblie par la reine en 1990, elle poursuit l'écriture et la promotion de ses romans avec le même succès.

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